Proprietés pharmacologiques des huiles essentielles


thérapeutique / mercredi, mai 8th, 2019

Il est important de préciser qu’il ne faut pas confondre les propriétés pharmacologiques d’une huile essentielle et l’activité de la plante dont elle provient.

1 Activité antibactérienne

C’est l’activité la mieux étudiée par les scientifiques, même s’il est difficile de comparer les résultats publiés du fait de la grande variabilité des HE (chemotype) et de l’absence de protocole de normalisation pour l’évaluation in vitro de leur pouvoir bactéricide.

Pour évaluer le pouvoir anti-infectieux d’une HE, on procède à un aromatogramme. Cet examen a été créé en 1971 par le Docteur Girault en reprennent le principe de l’antibiogramme. C’est un moyen de mesurer in vitro le pouvoir antibactérien des HE.

a) L’aromatogramme

On ensemence une boîte de Pétri avec le germe à étudier provenant d’un prélèvement biologique effectué sur un patient, dans une cavité ou une muqueuse (crachats, frottis vaginal, mucus, pus, selles, urines…). Différentes HE sont mises en contact direct ou indirect, puis la boîte est mise en étuve à 37,5°. Au bout de 24 à 48 heures (selon les souches), on observe les résultats. Des auréoles claires, circulaires et de diamètre différent apparaissent.

b) Indice aromatique Pour déterminer le pouvoir antiseptique d’une HE, il faut alors établir son indice aromatique. C’est en 1977 que Paul Belaiche (professeur en pharmacologie) définit cet indice et établit une classification du pouvoir antimicrobien des HE. Cela correspond au rapport entre le diamètre, exprimé en millimètres, du halo d’inhibition obtenu pour chaque HE et celui d’une HE idéale et fictive donc l’action germicide serait maximale dans 100% des cas.

c) Classification des huiles essentielles : Les HE agissent en altérant la structure et la fonctionnalité de la membrane plasmatique des bactéries. Les germes les plus sensibles par ordre décroissant sont les champignons et les levures, puis les bactéries Gram + et enfin les bactéries Gram – (présence d’une membrane externe).

Groupe 1 : Germicides majeurs Action antiseptique forte et constante (peu dépendante du terrain). Ces HE agissent sur les bactéries Gram + et -, ainsi que sur les champignons (Candida albicans). Elles possèdent plutôt une action bactéricide que bactériostatique.

  • Les aldéhydes aromatiques : cinnamaldéhyde ( cannelle), cuminaldéhyde
  • Les phénols monoterpéniques et aromatiques : carvacrol ( origan, sariette, thym), thymol (thym), eugénol ( girofle) : ce sont des bactéricides à spectre large puisque 90% des bactéries pathogènes y sont sensibles.
  • Ces molécules étant dermocaustiques et hépatotoxiques, il est donc important de respecter les précautions d’emploi. Elles doivent être utilisées uniquement chez l’adulte et sous avis d’un professionnel de santé . Il est indispensable de les associer avec un hépatoprotecteur (à hauteur de 15 à 25%), type citron, aneth, menthe ou romarin à verbénone lors d’une utilisation par voie orale.

Groupe 2 : Germicides médiums Ce groupe comporte des HE actives sur de nombreux germes et présentent l’avantage d’être plus facile d’emploi que les HE du groupe 1. Pour autant, le spectre d’action est plus faible et le pouvoir antiseptique est inconstant et dépend du germe pathogène auquel il est confronté.

  • Les alcools monoterpéniques : géraniol (ex : géranium), linalol (géranium, lavande, myrte, petit grain bigarade), citronnellol ( eucalyptus, géranium), thujanol (marjolaine), alpha-terpinéol (eucalyptus, cajeput, lavande, myrte, niaouli, petit grain bigarade, pin sylvestre), menthol (menthe), terpinène-1-ène4-ol (le plus actif ; tea-tree, eucalyptus, lavande) …
  • Les aldéhydes monoterpéniques : citrals (géranial et néral) (géranium), citronellal ( eucalyptus), cuminal

Groupe 3 : HE « aléatoires » dites de terrain Elles ne présentent pas de réponse antiseptique constante et agissent en fonction du terrain. Ce sont de bons antiseptiques atmosphériques en limitant la prolifération des germes

Cèdre Niaouli Noix de muscade Citron Citronelle Coriandre Pin Romarin Cyprès Santal Estragon Fenouil Sauge Genièvre Térébenthine Gingembre Verveine

2 Activité antifongique

Les groupes de molécules aromatiques citées comme antibactériens sont également actifs sur les champignons.

Les constituants actifs sont : les phénols monoterpéniques et aromatiques, les alcools monoterpéniques, des aldéhydes aromatiques et monoterpéniques, les lactones…

  • Candida albicans est sensible aux HE d’Origan, de Cannelle de Ceylan, de Thym vulgaire à thymol.
  • Trichophyton mentagrophytes var. interdigitale (onychomycoses « pied d’athlète ») est sensible aux HE de Sarriette et d’arbre à thé.
  • Pityriasis versicolor est sensible aux HE de Lemongrass (le plus actif) et de l’arbre à thé

3 Activité antivirale

De très nombreuses familles chimiques ont révélé des activités antivirales in vitro. C’est le cas des phénols monoterpéniques ou aromatiques (difficiles à utiliser, car dermo- et hépatotoxiques), des alcools monoterpéniques ainsi que des aldéhydes monoterpéniques et aromatiques.

L’activité antivirale découle de la liposolubilité des HE, ce qui leur permet de pénétrer dans l’enveloppe virale riche en lipides. Les HE sont plus actives sur les virus enveloppés car ils sont plus fragiles que les virus nus.

Ils sont donc particulièrement efficaces envers les virus herpes simplex, VHS-1 (herpès labial) et VHS-2 (herpès génital).

Il existe une synergie d’action entre Cinéol et monoterpénol, cette association est fréquemment rencontrée dans les HE issues de la famille des Myrtacées ( Arbre à thé, Niaouli et Cajeput). Ce couple est très utile pour traiter des pathologies virales touchant la sphère respiratoire.

De même, le couple oxyde de linalol et linalol que l’on retrouve dans l’HE d’Hysope des montagnes présentent une puissante activité antivirale au niveau respiratoire.

Les aldéhydes, en usage interne ou en diffusion atmosphériques, sont de bons compléments dans le traitement des infections virales

4 Activité antiparasitaire

Ce sont les phénols qui présentent l’action la plus puissante contre les parasites, suivis par les alcools monoterpéniques. Certains oxydes comme l’ascaridol sont très spécifiques de la lutte antiparasitaire. Enfin les cétones ont une activité antiparasitaire bien établie, mais leur utilisation doit se faire avec précautions car ils présentent une certaine neurotoxicité. Cette action est renforcée par l’association cétones/lactones dans l’HE.

5 Activité anti-inflammatoire

Les HE ont une place de choix dans le traitement de l’inflammation. Elles constituent une alternative aux traitements allopathiques classiques de type AINS (Anti-inflammatoires non stéroïdiens) qui sont connus pour leur mauvaise tolérance digestive au long court.

Bien utilisées, ces HE n’induisent pas d’effets indésirables. Seul un risque d’irritation cutanée peut être observé si l’on ne dilue pas suffisamment l’HE dans une HV.

Les molécules concernées sont notamment les aldéhydes monoterpéniques citrals (néral et géranial), citronellal, cuminal. Ces aldéhydes sont utiles par voie externe. Ils interviennent par une action hyperémiante en favorisant les mécanismes physiologiques de défense anti-inflammatoire naturelle impliquant les leucocytes. Cette activité hyperhémiante est concomitante de la levée des spasmes artériolaires favorisant l’état inflammatoire. Ils modulent également la réponse immunitaire par voie interne.

Une étude sur l’HE de Lemongrass (LGEO) a montré un effet anti-inflammatoire similaire à celui observé pour le diclofénac oral . L’administration orale de LGEO a montré une activité anti-inflammatoire dose-dépendante. De plus, l’application topique de LGEO in vivo a eu un effet anti-inflammatoire puissant.

6 Activité antalgique, analgésique

Pour cette activité, on recense de nombreuses molécules, car la variabilité des causes des phénomènes douloureux est également très vaste.

L’eugénol dans l’HE de Girofle est connu pour traiter les algies dentaires. Le problème est que cette HE est assez agressive. Chez les patients allergiques/sensibles à l’eugénol, on préférera utiliser l’HE de Laurier noble qui être moins riche en eugénol, mais qui est composé de phénols-méthyl éthers qui sont de puissants antalgiques.

Dans le domaine des algies céphaliques, c’est le menthol qui a fait ses preuves avec une légère anesthésie locale et un effet antalgique.

Les principales molécules concernées sont : le paramycène (Marjolaine des jardins), le camphre (Romarin à camphre), le salicylate de méthyle (Gaulthérie). Ils sont très connus pour la prise en charge des algies tendino-musculaires et ostéo-articulaires.

7 Activité spasmolytique

De nombreuses HE sont réputées pour diminuer ou supprimer les spasmes gastrointestinaux. Cette allégation est d’ailleurs établie de façon clinique pour l’HE de Menthe poivrée. Ces HE agissent par différentes actions.

L’action spasmolytique est de type neurotrope et/ou musculotrope. Les molécules lipophiles se fixent sur la membrane des cellules musculaires lisses et entraînent une inhibition de l’entrée du calcium dans les cellules ce qui aboutit à une relaxation des fibres lisses.

Les HE ayant révélé cette activité sont : l’angélique, le basilic, la camomille, le girofle, la lavande fine, la mélisse, la menthe poivrée et le thym. Elles stimulent les sécrétions gastriques par une action anticholinergique, d’où l’action « digestive » ce qui a pour conséquence des effets positifs sur la nervosité et l’insomnie.

  • Les esters : acétate de linalyle, formiate de géranyle…
  • Les alcools monoterpéniques et aromatiques : linalol, géraniol, alpha-terpinéol…
  • Les phénols monoterpéniques et aromatiques : thymol, carvacrol, eugénol ;
  • Les éthers : methylchavicol, méthyleugénol, myristicine

8 Activité calmante et relaxante

Les HE peuvent calmer, détendre ou faciliter le sommeil lors d’une diffusion atmosphérique. Les troubles du système nerveux sont un domaine dans lequel les HE ne sont pas assez exploitée

L’action neuropharmacologique des HE a été étudiée par voie cutanée et atmosphérique sur les désordres psychologiques comme le stress, l’anxiété, la dépression, l’insomnie… montrant une amélioration des symptômes sans effets secondaires

Les molécules anxiolytiques et favorisant le sommeil

  • Les esters : acétate de linalyle, formiate de géranyle, anthranylate de méthyle…
  • Les alcools monoterpéniques : linalol, géraniol, alpha-terpinéol… Les molécules à action plus sédative
  • Les aldéhydes monoterpéniques : citrals ( verveine citronnée, mélisse officinale), curminal ( graines de cumin)
  • Les alcools monoterpéniques : linalol ( lavande fine) Les huiles essentielles de lavande fine et d’hysope officinale inhibent la stimulation induite par la caféine et donc présentent une action sédative qui a été établie sur les souris

 

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